07-04-2009

Se retrousser les manches !

A chacun de retrousser ses manches !

« Quand nous avons pris, avec Jean Lassalle, la décision de lancer ensemble l’appel ’’ Campagnes de France : grande cause nationale  », nous savions que la marche serait longue.

Cette initiative, formidable initiative, était déjà au carrefour de cheminements divers. Celui d’abord d’une forte amitié qui s’est construite au fil de notre quotidien de député au Palais-Bourbon, après notre élection en 2002. Le fils de berger pyrénéen, compagnon de route de Bayrou, et le communiste que je suis, fils d’ouvrier Michelin, se sont retrouvés sur des combats communs : en premier lieu la défense de ce monde rural où nous vivons tous les deux, au cœur de massifs montagneux si différents ; mais aussi, plus largement, la résistance au rouleau compresseur du libéralisme.

Certes, nos analyses sur les causes et solutions peuvent diverger. Et nous empruntons des voies différentes : Jean a mis sa vie en danger, et compromis sa santé, par le terrible sacrifice personnel qu’est une grève de la faim, pour sauver l’emploi de salariés de sa circonscription ; dans le même temps, je participais activement à la lutte collective que conduisaient des salariés du bassin de Thiers pour sauvegarder leur usine et leurs emplois. Et quand j’ai mené le combat contre les OGM avec l’adoption de l’amendement 252

et le vote de la motion de procédure contre le gouvernement, Jean était à mes côtés et m’a apporté un soutien décisif.

Le cri et l’appel à l’action que nous lançons « pour les campagnes de France » sont aussi le croisement des situations respectives de nos deux territoires : des villages qui se vident, les derniers services qui disparaissent, une population vieillissante… et le sentiment partagé d’un immense gâchis sur l’ensemble des campagnes de France. Une saignée vécue aujourd’hui dans la douleur mais qui, surtout, aura demain des conséquences graves pour le devenir de notre société : quel sera le quotidien des hommes et des femmes agglomérés dans des cités aux problèmes multiples, à deux pas de territoires vides et transformés en conservatoires pour buveurs d’air du dimanche, voire même en réceptacle pour ce que la ville devra évacuer, déchets domestiques et autres produits en fin de vie ?

Certes, nous savons que le combat que vous avons engagé est inhabituel et peut surprendre alors même qu’une crise globale bouleverse si violemment tous les équilibres. Nous savons aussi qu’il sera de longue haleine, semé d’embûches, entravé d’incompréhensions, menacé de récupérations. Mais, nous croyons qu’il est juste, qu’il est indispensable, et qu’il sera compris parce que rassembleur.

Bien sûr, nos engagements politiques différents interpellent. Une camarade me disait la semaine dernière : « les communistes de mon département ne comprennent pas que tu puisses t’allier à un homme de droite ». Dans « son camp », Jean a eu des remarques similaires.

Mais comment faire comprendre que ce n’est pas de cela qu’il s’agit ? Que derrière notre appel commun au peuple des campagnes et des villes, il n’y a de la part de l’un et de l’autre aucun abandon personnel, aucune volonté d’instrumentalisation pour quelque alliance future : nous sommes tout simplement animés par le désir de déclancher un mouvement démocratique et citoyen de très grande ampleur. Ce que nous voulons, c’est une collecte de témoignages, un bouillonnement d’idées, de propositions. C’est une mise en commun pour construire un autre avenir pour nos territoires, du plus petit village au quartier urbain le plus sensible.

Dans le tour de France que nous allons faire au lendemain de notre campagne respective des élections européennes, et que nous avons commencé la semaine dernière à St-Germain-du-Puy dans le Cher, nous aurons bien évidemment à nos côtés des élus de toutes sensibilités, assumant chacun leurs choix, voire leur propre responsabilité dans ce que nous vivons, et donc leurs contradictions. Mais nous aurons aussi, et surtout, les citoyens qui feront remonter leurs doléances faites de constats et d’espoirs. Ce qui est important, c’est que des milliers d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes, de convictions et croyances diverses, se réunissent, témoignent, échangent, analysent, élaborent, et portent leur ouvrage commun pour enrichir les Etats généraux que nous comptons organiser. Ensemble, nous relaierons ensuite cette construction commune dans notre action parlementaire.

Oui, nous avons vraiment la conviction que cet appel à l’intelligence collective renversera des barrières parce qu’il sera porté par des voies diverses : collectifs citoyens, conseils municipaux, cercles paroissiaux, organisations politiques, travaux de recherche, témoignages individuels… Quant aux adeptes du cahier d’écolier, ils seront sans doute en concurrence citoyenne avec les internautes sur le site : campagnesdefrance.fr

A chacun donc de retrousser ses manches !

André CHASSAIGNE - le 7 avril 2009

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Pour en savoir plus : André Chassaigne

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