20-08-2008

Débat « Science et politique »

Edouard Brézin. C’était une décision du gouvernement, approuvée par le Parlement, il y a eu des lois, un programme électronucléaire français, la création du CEA en 1945.

Cécile Duflot. À son lancement, ce programme n’a pas du tout été débattu avec les citoyens. Les difficultés de fonctionnement de Superphénix ont, par contre, fait l’objet d’un débat très important.

Edouard Brézin. Un acier de mauvaise qualité avait entraîné des fuites de sodium qui ont été réparées. Et le sodium, ce n’est pas nucléaire. Au moment où Superphénix a été fermé, il fonctionnait parfaitement depuis deux ans. Il n’y a eu aucun débat dans l’opinion publique, dans la presse, au Parlement. Il y a eu des manifestations.

Ne doit-on pas tirer comme enseignement de cette période qu’il est indispensable de faire progresser la transparence sur tous ces sujets pour permettre à chacun de participer à l’approfondissement des débats ?

Edouard Brézin. Je suis entièrement d’accord sur cette question de la transparence.

André Chassaigne. Il faut aussi se méfier de tous les a priori. Et il y en a beaucoup concernant la science. Ils entraînent des situations de blocage. J’ai un point de divergence avec mes collègues Verts à l’Assemblée nationale. Je ne fais pas de l’interdiction des cultures OGM en plein champ un préalable à tout débat. Je ne suis pas favorable au développement des OGM dans l’état actuel des choses, et je l’ai montré. Mais je pense que, dans le cadre de la recherche publique et avec des protocoles très stricts, les chercheurs doivent pouvoir poursuivre leurs expérimentations. J’ai déposé un amendement dans ce sens lors du débat à l’Assemblée. Des chercheurs de l’INRA qui ne sont pas des extrémistes m’ont expliqué qu’arrivés à un stade de leurs travaux, quand ils ont fait toutes les expériences possibles en milieu confiné, en laboratoire ou sous serre, ils sont finalement bloqués. Pour aller plus loin, évaluer les risques de dissémination, les conséquences sur l’évolution des plantes, etc., il leur est indispensable de se placer dans les conditions réelles du sol, de l’air, des saisons, de tout l’environnement.

Cécile Duflot. Est-ce que le bénéfice immédiat des OGM vaut le risque immédiat qu’on prend ? Est-ce que poursuivre des recherches en milieu confiné est à ce point handicapant ? On sait que les cultures de plein champ sont davantage de la précommercialisation et de la fabrication de semences que de réelles recherches menées par les organismes publics.

André Chassaigne. Mais ces organismes publics n’ont pas pu mener leurs recherches, leurs champs ont été fauchés.

Cécile Duflot. Le principe de précaution ne veut pas dire absence de risque, mais il doit s’appliquer lorsque l’on pressent qu’il peut y avoir une discussion sur les risques. Je pense aux ravages de l’amiante. Il y avait un haut comité scientifique. Il s’est toujours prononcé en faveur de la poursuite de l’exploitation et de la commercialisation.

Ce comité n’avait de scientifique que le nom, son indépendance par rapport aux industriels était plus que discutable.

Cécile Duflot. Sur les OGM, pas forcément du fait des scientifiques, nous avons été bercés de légendes successives qui n’ont pas été avérées. Les OGM n’ont pas résolu la faim dans le monde, par contre on voit déjà les conséquences, notamment en Amérique du Sud, sur la biodiversité. Quant aux cultures de soja OGM, uniquement destinées à l’exportation, elles sont en train de créer des situations de famine.

Pour en savoir plus : Site de l’Humanité

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