02-04-2009

Situation du bassin d’emploi de Thiers

Le 16 mars 2009

Monsieur Dominique SCHMITT
Préfet de la Région Auvergne
Préfet du Puy-de-Dôme

Objet : Situation de l’emploi dans le bassin industriel thiernois

Monsieur le Préfet,

Les conséquences de la situation économique actuelle sont particulièrement dramatiques pour l’ensemble du bassin industriel thiernois, entreprises et salariés.

Je pense bien sûr à la situation d’entreprises historiques comme DAPTA ou GAUVIN, mais aussi, plus largement, à la multiplication des mesures de chômage partiel, plans de licenciements et dépôts de bilan dans de nombreuses PME. Les petites et moyennes entreprises, souvent liées aux contrats de grands groupes dans le secteur de l’automobile, de la mécanique et de la métallurgie, sont confrontées à des difficultés financières qui mettent en péril plusieurs d’entre elles à très court terme.

La crise s’amplifie avec des conséquences d’une extrême gravité pour la main d’œuvre locale et les familles : personnes licenciées mais aussi des centaines d’intérimaires et précaires sans perspectives d’emplois.

Face à ce mouvement de repli sans précédent de l’activité économique du bassin d’emploi, et aux conséquences sociales qu’il implique, j’ai alerté à plusieurs reprises, notamment les 13 janvier et 28 janvier derniers à l’Assemblée nationale, Monsieur Laurent WAUQUIEZ, Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi, sur le besoin de classer dans les plus brefs délais ce bassin d’emploi en zone de contrat de transition professionnelle (CTP)

. J’ai également fait la proposition d’organiser une réunion exceptionnelle du comité territorial emploi-formation (COTEF) de ce bassin, avec comme ordre du jour l’état des lieux de l’emploi et l’exposé des mesures gouvernementales, afin que chacun puisse évaluer les moyens à sa disposition et les mesures de revitalisation nécessaires.

Malheureusement, aucune mesure d’extension du CTP à ce bassin ne m’a été confirmée à ce jour, Monsieur le Secrétaire d’Etat se contentant de me rappeler qu’il « étudiait les possibilités d’une extension » et « que dix bassins d’emploi supplémentaires pourront être concernés » à l’avenir. Par ailleurs, je note avec une grande inquiétude qu’aucune table ronde regroupant l’ensemble des acteurs du bassin n’est prévue, pas plus qu’une réunion exceptionnelle du COTEF.

Afin de faire face à la situation, je renouvelle donc mon appel à dresser un état des lieux complet et objectif de la situation de l’emploi et des entreprises du bassin d’emploi, et à faire le bilan de l’efficacité des mesures prévues par les différents plans gouvernementaux, notamment le plan de relance et le plan de soutien au secteur automobile. Plus particulièrement, la problématique des licenciés isolés des « très petites entreprises » ou des PME, comme la question des leviers à la disposition des entreprises soustraitantes, apparaissent comme des points essentiels à aborder compte tenu des caractéristiques des entreprises du bassin thiernois.

Je souhaite également obtenir des informations sur le bilan d’activité du comité de suivi du financement de l’économie locale concernant les entreprises de ce bassin. Certes, je suis pleinement conscient de la mission remplie avec diligence par les correspondants départementaux du médiateur du crédit et des résultats obtenus pour aider certaines entreprises en difficultés. Mais l’accès au crédit bancaire est toujours refusé à certaines PME, ou accordé à des taux prohibitifs, dans une période où les banques doivent pleinement jouer leur rôle de financeur, après avoir perçu plus de 10 milliards d’euros de l’Etat.

Par ailleurs, la table ronde organisée le vendredi 12 mars à l’initiative du Sous-préfet de Thiers sur le cas précis de l’entreprise Preciturn a prouvé tout l’intérêt d’une réunion sur la situation financière des entreprises en difficultés et regroupant l’ensemble des parties prenantes. Cet échange permettra, je l’espère, d’apporter une réponse adaptée aux sollicitations de cette entreprise et de ses salariés au lendemain d’une reprise difficile. Cette réunion de travail a aussi soulevé des interrogations sur la mise en œuvre du plan de soutien à l’industrie automobile concernant les aides apportées aux sous-traitants. Ainsi, le soutien prévu par l’intermédiaire des fonds de modernisation des équipementiers apparaît limité à des entreprises en difficulté conjoncturelle alors que beaucoup d’entre elles connaissaient déjà des difficultés d’ordre structurel avant la crise. Dans le cas de Preciturn, il serait regrettable de ne pouvoir apporter un soutien financier dans la mesure où la reprise de l’entreprise DAPTA s’est accompagnée d’une importante restructuration pour régler les difficultés structurelles (106 suppressions d’emplois, adaptation de l’outil de production par une évolution du parc de machines en lien avec l’Institut Français de Mécanique Avancée…).

De plus, durant cet échange, il a été rappelé que l’intervention du médiateur du crédit est réservée aux banques françaises alors que les banques étrangères jouent un rôle important dans nos activités économiques, et se permettent en toute liberté de mettre en danger certaines entreprises. C’est le cas de la Royal Bank of Scotland, détentrice du contrat d’affacturage de l’entreprise Preciturn, qui a bloqué, sans justifier ses raisons, le règlement des factures : seule l’action des salariés a permi d’obtenir un premier versement des sommes retenues ! L’Etat français ne disposerait-il pas d’une possibilité d’intervention auprès de ces opérateurs financiers, pour la plupart européens, afin de garantir une continuité dans l’activité des entreprises dans cette période de crise majeure ?

Au-delà, je reste convaincu qu’il appartient à l’Etat de prendre toute la mesure d’une situation économique des plus inquiétantes en travaillant très rapidement à une relance effective du pouvoir d’achat et de la consommation, en augmentant les revenus des salariés, notamment des plus modestes, ainsi que l’ensemble des minima sociaux.

Pour le bassin thiernois, il est urgent de réfléchir collectivement et proposer un véritable plan de revitalisation à même d’assurer un réel effet de levier pour l’ensemble de l’économie locale.

Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Monsieur le Préfet, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

André Chassaigne

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Pour en savoir plus : André Chassaigne

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