10-04-2003

Retraite des agriculteurs

Monsieur André CHASSAIGNE attire l’attention de Monsieur Hervé GAYMARD, Ministre de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, sur la situation des retraites des agriculteurs.

La faiblesse du niveau des pensions des retraités non-salariés agricoles est depuis plusieurs années devenue vraiment préoccupante. Plus d’un million de retraités non-salariés agricoles touchent une retraite inférieure au minimum-vieillesse.

Il s’agit généralement de conjoints et d’aides-familiaux d’exploitants agricoles à carrière incomplète.

Le décret n°97163 de 1997 a également exclu beaucoup d’agriculteurs du bénéfice du plan de revalorisation 1998-2202 des retraites agricoles, en instituant un système injuste de minoration des pensions. En outre, ce programme de revalorisation des pensions exclut les retraités polypensionnés, même lorsqu’ils n’ont travaillé que quelques semestres dans un autre secteur d’activité. Cette disposition est très mal ressentie par les agriculteurs.

Enfin, il est injuste que le Parlement n’ait pas décidé d’instituer aussi une retraite complémentaire obligatoire portant le niveau des pensions à 75% du SMIC pour les conjoints et aides familiaux d’exploitants justifiant une carrière complète.

Toutes ces dispositions expliquent le niveau extrêmement faible des pensions des agriculteurs et notamment des conjoints des exploitants agricoles.

En conséquence, Monsieur André Chassaigne demande à Monsieur le Ministre dans quelle mesure il souhaite répondre aux revendications des retraités agricoles. Est-il aujourd’hui prêt à abroger le décret de 1997 et à engager le gouvernement dans une politique de revalorisation importante des retraites des agriculteurs ?

REPONSE :

Depuis 1994, le montant des pensions de retraite agricoles a été fortement revalorisé au prix d’un effort financier important consenti par la solidarité nationale et qui s’est traduit par des mesures nouvelles au budget annexe des prestations sociales agricoles (BAPSA). Ainsi, pour une carrière complète, les chefs d’exploitation et les personnes veuves perçoivent une pension de retraite au moins égale au montant du minimum vieillesse accordé à une personne seule (6 935,07 euros en 2003), et les conjoints ainsi que les aides familiaux perçoivent une retraite équivalente au montant différentiel du minimum vieillesse attribué au second membre du ménage (5 505,80 euros en 2003). A l’issue du plan de revalorisation en 2002, pour une carrière complète, les pensions avaient augmenté, par rapport à la législation en vigueur en 1994, de 43 % pour les chefs d’exploitation, 80 % pour les personnes veuves et de 93 % pour les conjoints et aides familiaux. Concernant la suppression des coefficients de minoration appliqués à certaines mesures de revalorisation de la retraite de base, il convient de rappeler que, pour les personnes dont la retraite a pris effet avant le 1er janvier 2002, dans un souci de justice sociale et de maintien du caractère contributif des régimes de retraite, les pouvoirs publics ont privilégié, dans l’effort de revalorisation des petites retraites agricoles, l’augmentation du montant des pensions correspondant à une carrière complète agricole, soit 37,5 années.

Pour une durée inférieure à 37,5 années et supérieure ou égale à 32,5 années, le montant de la revalorisation calculé au prorata est affecté de coefficients de minoration. En dessous du seuil de 32,5 années, aucune revalorisation n’était, jusqu’au 1er janvier 2000, attribuée. Ce seuil pouvant cependant s’avérer rigoureux pour les conjoints ou personnes veuves, deux catégories qui, dans leur grande majorité, n’ont pas exercé d’autre activité professionnelle que non-salariée agricole, le seuil exigé pour ouvrir droit à cette revalorisation a été abaissé, à compter du 1er janvier 2000, à 27,5 années pour les personnes monopensionnées, justifiant de 15 années au moins validées comme conjoint et susceptibles de prétendre soit à la mesure réservée aux veuves, soit à celle réservée aux conjoints. Pour les personnes dont la retraite a pris effet à compter du 1er janvier 2002, les conditions d’ouverture du droit à revalorisation pour les retraites personnelles ont été simplifiées et les coefficients de minorations relatifs aux revalorisations supprimés. Désormais, l’assuré dont la retraite personnelle a pris effet après le 31 décembre 2001 doit justifier de la durée d’assurance et de périodes équivalentes tous régimes confondus nécessaire pour obtenir le taux plein dans le régime général et totaliser au moins 17,5 années d’activités non-salariées agricoles. La loi n° 2002-308 du 4 mars 2002 tendant à la création d’un régime de retraite complémentaire obligatoire pour les non-salariés agricoles constitue une avancée importante pour le régime social agricole puisque celui-ci était l’un des derniers à ne pas bénéficier d’un régime de retraite complémentaire obligatoire. L’accès à ce régime est ouvert aux chefs d’exploitation ou d’entreprise agricoles. Ce régime permet une augmentation substantielle du montant des retraites aussi bien pour les actuels retraités qui en bénéficient sans avoir à payer de cotisations que pour les actifs qui s’ouvrent le bénéfice de ces prestations en contrepartie d’une cotisation. 450 000 chefs d’exploitation retraités bénéficient ainsi de ce nouveau régime dès 2003. En revanche, il n’est pas possible d’étendre, contrairement aux souhaits de nombreux parlementaires et des organisations professionnelles agricoles, le champ du régime au-delà des seuls chefs d’exploitation, car cela supposerait une augmentation de la cotisation annuelle, jugée trop importante par les organisations professionnelles elles-mêmes. En effet, étendre le champ du régime de retraite complémentaire obligatoire des non-salariés agricoles à l’ensemble des actifs (chefs d’exploitation, conjoints, aides familiaux) entraînerait un coût global annuel de versement des prestations du régime élevé. Un tel coût ne serait pas supportable, tant pour les chefs d’exploitation cotisant au nouveau régime que pour l’Etat qui participe à son financement.

La loi instituant le régime de retraite complémentaire obligatoire pour les non-salariés agricoles prévoit toutefois, en son article 5, que le Conseil supérieur des prestations sociales agricoles est chargé de suivre la mise en place du régime, d’établir au cours du premier semestre de chaque année un bilan de fonctionnement du régime, et de faire des propositions sur son extension aux conjoints et aux aides familiaux.

P.-S.

Question n° 16255 publiée au JO le : 14/04/2003
Réponse publiée au JO le : 29/09/2003

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