17-02-2005

Projet de Loi d’orientation pour l’avenir de l’école.

La séance est ouverte à vingt et une heures trente.

PROJET DE LOI D’ORIENTATION POUR L’AVENIR DE L’ÉCOLE (suite)

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, après déclaration d’urgence, du projet de loi d’orientation pour l’avenir de l’école.

[…]

M. André Chassaigne - C’est avec grand plaisir que je défends l’amendement 231 de Mme Bello qui hier, dans une intervention d’une immense qualité, a rappelé qu’au-delà de la préparation à la vie active, l’école développe les valeurs de citoyenneté.

Notre collègue propose d’ajouter à cet article les mots suivants : « L’école est l’espace où les citoyens de demain sont formés à la critique, au dialogue et à la liberté ». Cet amendement devrait être accepté par l’Assemblée tout entière. En effet l’article reprend le propos sur le principe de laïcité tenu le 17 décembre 2003 par le Président de la République, mais il en oublie une phrase, que reprend cet amendement. Nous proposons de la rétablir.

M. le Rapporteur - La commission a repoussé cet amendement pour les raisons déjà exposées.

M. le Ministre - Tous les propos du Président de la République n’ont pas une portée législative. Introduire celui-ci serait limiter la définition des valeurs républicaines, et mélanger ce qui relève des objectifs et ce qui relève des méthodes.

Mme Marylise Lebranchu - J’entends bien ce que dit le ministre, et pourtant je soutiens la proposition de Mme Bello. On sait combien, depuis des années, les jeunes perdent le sens de l’espace public, remplacé par leur propre espace privé. C’est qu’ils sont privés de moyens d’expression, d’échange, d’apprentissage de la critique et du dialogue. Si les cours ont pour objet de transmettre les connaissances, ainsi que les valeurs républicaines, l’école est un tout, et il ne serait pas sans portée d’introduire ici les notions de critique, de dialogue et de liberté.

M. Jean-Pierre Brard - Pour ne pas m’attirer de remarque de M. le Président, je ne répondrai pas à M. Geoffroy, qui veut nous empêcher de désigner les privilégiés pour qui notre système fonctionne en priorité… Nous pourrions discuter de la façon dont sont recrutés les élèves de Henri IV, de Louis-le-Grand, de Saint-Louis et de Charlemagne. Mais je reviens à l’amendement. C’est aux actes - c’est-à-dire pour nous aux votes - que l’on juge les hommes et les femmes politiques. Mme Bello propose d’inscrire dans le texte la formation à l’esprit critique. A l’heure où M. Le Lay, de TF1, se donne pour but de préparer le cerveau humain à recevoir la publicité de Coca-Cola, si nos élèves ne sont pas formés à la critique, nous les livrons à ceux qui conditionnent ainsi les esprits à accepter l’idéologie dominante, les pensées conformes, le libéralisme comme règle de vie ! Par conséquent accepter ou non l’amendement de Mme Bello en dira long sur la façon dont vous voyez le rôle de l’école dans la formation de l’esprit de nos enfants. Relisons Rabelais, Montaigne, Langevin et Wallon ! Si vous les avez bien assimilés, vous adhèrerez à cet amendement.

M. André Chassaigne - Dans votre réponse, Monsieur le ministre, vous vous éloignez de la philosophie même du texte. La phrase en question figure dans le rapport annexé. Il est proposé de l’en sortir pour la faire figurer dans la loi. C’est ce qui a été fait pour la première phrase relative aux valeurs républicaines ! L’école ne doit pas simplement inscrire au tableau noir « liberté, égalité, fraternité » : elle doit faire vivre ces valeurs par le dialogue.

L’amendement 231, mis aux voix, n’est pas adopté.

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[…]

M. André Chassaigne - Les territoires ruraux sont en effet mis à rude épreuve. Un article récent, paru dans La Montagne, détaille les coups portés au système éducatif en milieu rural en s’appuyant sur l’exemple de Thiers. Dans les deux lycées de cette ville de 14 000 habitants, quinze postes seront supprimés et des options fermées à la rentrée prochaine. Certains élèves seront obligés de se rendre à Clermont-Ferrand (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) et d’autres, dans l’impossibilité de financer transport et logement, interrompront leur scolarité ! Des sections BTS, aujourd’hui pleines, seront abandonnées. Selon, les professeurs et les parents d’élèves, « ces suppressions de poste sont la traduction concrète du budget catastrophique de l’éducation nationale ». Un enseignant désabusé ajoute : « que le Gouvernement se paie de la tête des profs, passe encore, mais qu’il le fasse en sacrifiant l’avenir des élèves, c’est grave ! ».

Nous devons réaffirmer dans la loi que nous allons lutter contre la fracture territoriale et sociale ! (Applaudissements sur les bancs du groupe des députés communistes et républicains et du groupe socialiste ; protestations sur les bancs du groupe UMP)

[…]

La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance qui aura lieu demain, jeudi 17 février, à 9 heures 30.

La séance est levée à 23 heures 45.

Pour en savoir plus : Site de l’Assemblée

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