18-04-2005

OGM : Rapport - tome II : audition de Monsieur Christian JACOB.

Audition de M. Christian JACOB, ministre délégué aux PME, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation

(extrait du procès-verbal de la séance du 29 mars 2005)

[…]

M. le Président : Il faut qu’ils le soient. C’est d’ailleurs une affaire qu’il nous faut élucider.

Par ailleurs, et c’est une question qui s’adresse au ministre en charge de la consommation, nous avons vu en Espagne que les animaux ayant consommé des OGM - ce qui est le cas de pratiquement tous les porcs et volailles - ne sont pas étiquetés. Or ils sont vendus chez nous, notamment dans le Sud-ouest, tandis que certaines grandes surfaces, Carrefour en particulier, qui commercialisent ces viandes espagnoles aux OGM, imposent parallèlement à des éleveurs français, comme nous l’avons vu en Auvergne, des cahiers des charges très contraignants, avec 10 % de surcoûts non rémunérés, pour proposer au consommateur une filière de qualité, garantie sans OGM. Cela vous paraît-il juste ?

M. Christian JACOB : En d’autres termes, on présente sur le même linéaire, sans identification particulière, des poulets nourris au maïs OGM…

M. le Président : Et inversement, on impose aux éleveurs, dans les filières de qualité, une alimentation sans OGM. On n’écrit pas « garanti sans OGM », mais on s’arrange pour le faire savoir à travers le label de qualité.

M. Christian JACOB : C’est la même situation que pour Monsanto qui fait du maïs OGM et Limagrain, pour prendre la même région, qui n’a pas le droit d’en vendre.

M. le Président : Ni de le cultiver ! Mais c’est pire encore quand il s’agit de deux viandes en concurrence sur le même linéaire. Il est évident que cela peut favoriser les importations.

M. Christian JACOB : Cela met un coût supplémentaire, non rémunéré, à la charge du producteur.

M. André CHASSAIGNE : De plus, si l’on affiche « charolais garanti sans OGM », on donne à penser que l’OGM présente un danger alors que, par ailleurs, on vend sans le dire des poulets nourris aux OGM. Il y a là une forme de tromperie.

[…]

M. Christian JACOB : La communication a été mauvaise parce qu’elle a été, surtout, le fait de firmes telles que Monsanto, ce qui a créé une certaine suspicion dans l’opinion publique. Pour lever les tabous, en finir avec les procès d’intention, il faut développer les plateformes d’essais, les faire visiter, expliquer, assurer la plus grande transparence possible. On voit bien, dans la recherche variétale sur les espèces végétales, que l’on pourrait gagner dix, quinze, vingt années grâce à la recherche sur les OGM. 

M. André CHASSAIGNE : Nous avons pu constater que les médias se saisissent avec empressement de certaines informations données par quelques scientifiques, alors même qu’elles ne portent que sur une expérience ponctuelle réalisée dans certaines conditions. Il suffit souvent qu’une approche scientifique, et je serais tenté de mettre « scientifique » entre guillemets, soit anti-OGM pour qu’elle soit présentée comme vérité, tandis que des organismes comme l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ou l’AFSSA font, sur des bases scientifiques exemplaires, des recherches très intéressantes, qui commencent à produire des résultats, mais qui restent confidentielles. Il y a là un vrai problème de communication. Pour que ces recherches se retrouvent sur la place publique, il faut que l’information ne soit plus seulement le fait d’une poignée de scientifiques qui en font un fonds de commerce.

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M. André CHASSAIGNE : A entendre certains, un gène de résistance à un herbicide pourrait se promener sur une plante sauvage de la même famille, laquelle se mettrait à proliférer d’autant plus facilement qu’elle résisterait aux herbicides… Que pensez-vous de ce scénario catastrophe que le commun des mortels entend fréquemment et se répète à l’envi ?

Mme Anne-Marie CHÈVRE : J’en pense qu’il suffirait tout simplement d’utiliser un autre herbicide… Si vous appliquez autre chose que du Roundup sur une plante résistante au Roundup, elle est évidemment détruite. C’est une question de gestion agronomique.

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Mme Marianne LEFORT : Effectivement. La question est de savoir pourquoi on associe immédiatement l’introduction d’un gène de résistance à un herbicide à la technologie OGM. 

M. André CHASSAIGNE : Je ne l’associe pas et je suis convaincu par votre réponse. Mais nous nous sommes fréquemment conduits à nous faire l’avocat du diable…

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Mme Anne-Marie CHÈVRE  : La moutarde blanche, cultivée comme engrais vert, n’a botaniquement rien à voir avec la moutarde des champs, adventice du colza.

M. André CHASSAIGNE : Je ne suis pas un scientifique, mais un littéraire. Aussi avais-je noté une très belle phrase lors d’une entrevue à Washington : « Quelle arrogance de penser que la petite chose mise dans la tomate ait pu changer quelque chose ! » Peut-on croire que l’on changera davantage les choses par la transgénèse que par l’agriculture conventionnelle ? L’accélération permise par cette nouvelle technique peut-elle aboutir à des effets différents de ce qu’aurait produit l’évolution par des moyens conventionnels ?

Mme Anne-Marie CHÈVRE : Pour peu qu’on les cherche, on trouve des transferts, y compris entre règnes du vivant, des anciens comme de très récents.

[…]


M. André CHASSAIGNE : Le centre INRA de Clermont-Ferrand dispose d’un conservatoire pour le blé. On nous a expliqué qu’il serait ainsi possible d’aller chercher dans les espèces anciennes des gènes susceptibles d’améliorer les espèces actuelles. Ne peut-on mettre cette démarche en avant et montrer que les OGM ne se résument pas seulement à l’introduction de caractères extérieurs ?

Nous avons entendu dire qu’en sept mille ans de domestication, le maïs avait vu le nombre de ses gènes multipliés par deux…

Mme Marianne LEFORT : Il ne s’agit pas forcément du nombre de gènes, mais de la taille du génome. Ce n’est pas la même chose.

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M. Gabriel BIANCHERI : On nous a cité un proverbe : « Un homme qui a l’estomac vide n’a qu’un souci ; celui qui a l’estomac plein en a beaucoup »…

Mme Marianne LEFORT et Mme Anne-Marie CHÈVRE : C’est vrai…

M. André CHASSAIGNE : Nonobstant tout ce qu’on peut dire sur l’intérêt immédiat, il est permis d’avoir une approche sur l’évolution du monde. Un avantage immédiat peut effectivement rapidement aboutir à une uniformisation et à une mainmise totale des firmes semencières transnationales. Au-delà de votre démarche scientifique, j’ai trouvé votre approche citoyenne très intéressante. Le problème est moins celui de la cohabitation des OGM et des cultures conventionnelles que celui de la coexistence entre les grandes agricultures productivistes indispensables en termes de survie économique et de compétitivité pour notre pays, et la liberté de tout un chacun, particulièrement dans nos terroirs, à mettre en avant une agriculture paysanne, avec des semences propres et des filières courtes. N’est-ce pas cette coexistence qui pourrait être remise en cause, particulièrement dans notre pays ?

M. Gabriel BIANCHERI : Nous avons rencontré en Afrique du Sud la représentante syndicale de quelque 120 000 petits agriculteurs noirs, qui produisent un peu de tout - maïs, coton, etc. - sur quelques hectares. Elle nous a dit « nous avons commencé à nourrir correctement nos enfants ; avant, nous ne pouvions pas. Et maintenant, je peux m’habiller comme vous. » Autrement dit, dégager un revenu pour être comme les autres… Cela aussi doit être pris en compte.

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M. le Président : Mais trouve-t-on du maïs bio pour l’alimentation des animaux ?

Mme Anne-Marie CHÈVRE : Oui, dans la mesure où les éleveurs bio sont tenus de nourrir leurs animaux en ensilage avec du maïs non-OGM. 

M. André CHASSAIGNE : C’est dans leur cahier des charges.

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M. François GUILLAUME : L’acide érucique ayant été soupçonné de provoquer des problèmes cardio-vasculaires, les agriculteurs étaient tenus de laisser leurs champs vierges de colza pendant trois ou quatre ans. Malheureusement, les graines vivent plus longtemps.

Mme Anne-Marie CHÈVRE : Actuellement, les deux filières coexistent.

M. le Président : Autrement dit, on y arrive, à condition de prévoir des seuils.

Mme Anne-Marie CHÈVRE : C’est effectivement une des principales questions. On peut imposer, sous la pression médiatique, des seuils biologiquement irréalistes.

M. le Président : Le seuil de 0,9 % vous paraît-il réaliste ?

Mme Anne-Marie CHÈVRE : C’est totalement impossible pour le colza.

M. André CHASSAIGNE : C’est ce que retient la Confédération paysanne…

M. le Président : Ils veulent encore moins ! Autrement dit, vous pensez que les seuils sont un moyen de tout bloquer ?

[…]

Pour en savoir plus : Assemblée Nationale

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