15-05-2003

Le retour du loup en Livradois-Forez ?

Mercredi 14 mai, la Commission d’enquête parlementaire sur « les conditions de la présence du loup en France et l’exercice du pastoralisme dans les zones de montagne » a rendu ses conclusions. Secrétaire de cette commission, le député André Chassaigne a participé aux travaux qui ont duré 5 mois avec plusieurs dizaines d’auditions et visites sur le terrain.

Le loup a-t-il été réintroduit artificiellement ou s’agit-il d’un retour naturel ?

« Le rapport de la commission laisse planer un doute sur le retour naturel du loup, s’appuyant sur le fait que des incertitudes subsistent. Les députés alpins, directement concernés et très majoritaires dans la commission, s’efforcent ainsi de ménager les nombreux éleveurs de moutons (par ailleurs électeurs !), victimes des attaques sur les troupeaux en alpage… et persuadés d’un complot conduit par des « écolos » amoureux de cet animal mythique.
L’enquête a révélé tout au contraire qu’aucun doute ne subsiste aujourd’hui sur cette question. Des témoignages multiples, notamment en Italie, et des preuves scientifiques irréfutables, permettent de l’affirmer : la colonisation progressive des Apennins, à partir des Abruzzes, a conduit année après année le loup jusqu’au Massif du Mercantour. Les analyses génétiques à partir de divers prélèvements recueillis (poils et matières fécales) ont confirmé les constatations faites sur le terrain.
Il faut rappeler que le loup a toujours été présent en Italie qui en compte actuellement environ 500… et sans poser de problèmes ! Bien au contraire, les Italiens sont très fiers de sa présence, révélatrice d’une nature riche en biodiversité. Les loups sont aussi plus de 2000 en Espagne et une trentaine seulement en France, actuellement tous localisés dans les Alpes ».

Mais alors, pour quand le retour du loup en Livradois-Forez ?

« Tout dépendra de la politique mise en œuvre pour en limiter le développement. Mais il faut rappeler que le loup est une espèce protégée par diverses dispositions internationales et communautaires relatives à la conservation de la vie sauvage, et plus particulièrement la Convention de Berne, ratifiée par la France en 1979 et la Directive européenne « Habitats » en 1992. Si bien que les prescriptions de la commission d’enquête conduisant à délimiter des zones « sans loups » auront bien du mal à s’appliquer !
Au regard des données existantes, on peut raisonnablement prévoir un retour naturel dans notre région dans les années 2010, dans 10 ou 15 ans maximum.
Je pense donc qu’il faut d’ores et déjà se préparer avec des actions de sensibilisation afin que tout se passe pour le mieux. Le Parc Naturel Régional Livradois-Forez aura à mon avis une responsabilité en ce domaine au regard de sa charte de territoire. »

Sur quelles données vous appuyez-vous pour être aussi affirmatif ?

« Les éléments de connaissances recueillis durant la commission d’enquête ont permis de préciser le mode d’expansion : le loup s’étend progressivement en colonisant de nouvelles régions, même très lointaines les unes des autres. Les spécialistes parlent d’un modèle d’expansion en « tache de guépard » : 150 km environ tous les 5 ans, par « patch » (terme utilisé par les scientifiques), avec des zones vides où n’apparaît ni passage ni présence.

Il faut aussi préciser que le loup franchit les obstacles sans aucune difficulté : l’autoroute et les fleuves sont pour lui des barrières quasi inexistantes !

Il s’agit en effet souvent d’une errance solitaire : les louveteaux qui survivent au premier hiver et parviennent à l’âge adulte sont peu nombreux (guère plus d’un sur deux alors que les portées comptent quatre ou cinq louveteaux). Ils quittent alors la meute en solitaire à la recherche d’un territoire libre… et d’un compagnon ou d’une compagne… condition même de l’expansion de l’espèce. La constitution du couple peut attendre des années… des années précédées d’une longue présence silencieuse d’un individu isolé sans interactions avec l’homme, avec des dégâts occasionnels pouvant être attribués à des chiens errants.

Les loups recensés les plus proches ne sont guère qu’à 200-250 km, dans le Vercors, à l’ouest de Grenoble… et deux loups morts ont déjà été retrouvés dans le Massif Central… dont un dans le Puy-de-Dôme. Alors, peut-être que… ».

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Texte du dessin : La commission parlementaire s’est déplacée le 17 février 2003 en Italie au sein du Parc Naturel de Gran Sasso (Massif des Abruzzes). Durant une réunion de travail, M. Fulco Pratesi, Président du Parc et Président de WWF Italie a réalisé pour André Chassaigne ce dessin sur l’arrivée du loup en France.

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