24-08-2007

Interview sur les prix agricoles

Interview d’André Chassaigne, parue dans l’Humanité du 23 août 2007

André Chassaigne : « Il faut convoquer un Grenelle des prix agricoles »
Le député communiste souligne les convergences d’intérêts entre producteurs et consommateurs lésés par la grande distribution et les politiques libérales.

André Chassaigne est président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) et député PCF du Puy-de-Dôme.

À qui profite la hausse vertigineuse des prix des fruits et légumes ?

André Chassaigne. Ces augmentations ne bénéficient pas aux producteurs.

Tout un chacun s’aperçoit que quand il y a crise, il n’y a pas d’alignement des prix dans la grande distribution. Les prunes de table, par exemple, ont subi cette année une baisse de dix à quinze centimes à la production, mais le prix est resté stable dans les grandes surfaces. L’augmentation va pour l’essentiel dans la poche de la grande distribution via les centrales d’achat qui ont une forme de monopole. Elle est aussi le fait de certains grossistes et négociants qui jouent à « l’élastique » avec les prix.

Les comportements alimentaires des Français s’en ressentent-ils ?

André Chassaigne. L’augmentation des prix aux consommateurs depuis plusieurs années, d’une part, et la baisse du pouvoir d’achat de nombreuses catégories, d’autre part, ont fait chuter la vente de fruits et légumes frais en France.

Les producteurs et les détaillants rapportent que, de plus en plus, le consommateur n’achète plus au kilo mais à l’unité. Cette évolution n’a rien à voir avec un « phénomène de mode ».

Les chiffres relevés par le PCF à l’été 2006 ont mis en évidence, depuis 2003, une hausse de plus de 35 % du prix des tomates au consommateur ! Idem pour les pêches, dont le kilo coûte, sur un an, 23 % de plus au consommateur, sans que cette hausse ne se répercute sur les revenus de la production…

Il faut prendre conscience que la recommandation des diététiciens de consommer cinq fruits et légumes par jour est aujourd’hui hors de portée des familles modestes.

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Question : comment concilier des prix rémunérateurs aux producteurs et des tarifs raisonnables pour les consommateurs ?

André Chassaigne. Il n’y a pas d’opposition d’intérêts entre le consommateur et le producteur, mais au contraire un même combat pour encadrer le partage de la valeur ajoutée.

La première urgence, c’est l’application de la loi sur le coefficient multiplicateur. Ensuite, il faut convoquer un « Grenelle » des prix agricoles, comme le proposent les syndicats, pour garantir des prix rémunérateurs.

Les communistes proposent aussi un « observatoire transparence et équité », placé sous l’autorité du Parlement et composé de tous les acteurs de la filière, du producteur au consommateur. Il devrait agir pour une rémunération équitable, mais aussi s’attaquer au problème des importations, souvent utilisées pour faire chuter les prix payés aux producteurs. En France, 60 % des fruits et légumes consommés sont importés. On laisse jouer la mondialisation libérale et la « concurrence libre et non faussée » et, en bout de chaîne, le consommateur est perdant. Il s’agit au contraire de trouver des outils pour contrer le libéralisme. Les produits agricoles alimentaires ne peuvent être traités comme des marchandises ordinaires.

Pourquoi la loi sur le coefficient multiplicateur n’est-elle pas appliquée ?

André Chassaigne. Parce qu’il n’y a pas de volonté politique du gouvernement. Nous dénonçons fortement ce scandale. Ce texte permet en effet de peser sur les prix payés aux producteurs sans pénaliser le consommateur. Deux exemples où la loi n’a pas été respectée : au mois de mars, lors de la crise de la salade, tous les critères étaient réunis, mais le gouvernement a cédé à la grande distribution. Cet été, lors de la crise de la pêche et de la nectarine, même refus du gouvernement. En cinq ans, 30 % des exploitations de pêches et de nectarines ont fermé leurs portes. Pour garantir l’application de la loi, il faut instaurer un mécanisme systématique. Sans cela, elle n’est jamais mise en œuvre.

Quel bilan tirez-vous des cent jours de la présidence sarkozyste sur le pouvoir d’achat ?

André Chassaigne. Il y a un décalage terrible entre les effets d’annonce et ce que nous constatons sur le terrain auprès des familles populaires, avec une pauvreté qui s’accentue, des difficultés pour faire les courses.

Les décisions prises en juillet par le pouvoir ont tout misé sur les cadeaux aux privilégiés et refusé la moindre revalorisation du SMIC. Notre priorité, en cette rentrée, n’est pas de critiquer la « forme » de l’action gouvernementale mais de la combattre sur le fond en mettant en avant de vraies alternatives. Pour nous, le principal problème n’est pas le comportement hollywoodien du président de la République, ce sont les décisions à prendre pour augmenter tout de suite les salaires et les minima sociaux.

Le projet d’augmentation de la TVA est symbolique de la volonté de faire payer les plus modestes. Les treize milliards du paquet fiscal offert aux privilégiés auraient dû être utilisés pour ceux qui en ont besoin, par exemple en revalorisant l’allocation de rentrée scolaire.

Pour en savoir plus : Voir l’article dans L’Humanité

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