18-05-2004

Avenir des salariés d’Aventis à Vertolaye

Question orale d’André Chassaigne :

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre délégué,

L’industrie pharmaceutique, monsieur le ministre, a une fonction sociale bien particulière. Ce sont ses découvertes et les produits de ses recherches qui expliquent pour une grande part les progrès réalisés par l’humanité dans le domaine de la santé.
Aujourd’hui, plus que jamais, ce secteur industriel est soumis, comme tant d’autres, aux insatiables appétits de leurs actionnaires et aux lois inconséquentes dictées par les marchés financiers.

L’offre publique d’achat de Sanofi-Synthélabo sur Aventis est une nouvelle déclinaison de l’épanouissement de ces logiques capitalistes extrêmes dans la France d’aujourd’hui. Surtout si l’on considère que l’implication du gouvernement de la République dans cette affaire révèle, de fait, son encouragement à l’enracinement de ses logiques financières dans notre économie.
Les salariés d’Aventis et de Sanofi sont aujourd’hui particulièrement inquiets. Parmi ceux-là, ceux de l’usine de Vertolaye, dans le Puy-de-Dôme, qui emploie aujourd’hui 670 personnes.

Leur premier motif d’inquiétude a trait à la question de la stratégie scientifique et industrielle du nouveau groupe. Devenir le n°3 mondial dans la pharmacie n’est pas une stratégie en soi. Promettre de juteux dividendes à ses actionnaires non plus. Surtout lorsque l’on fait le choix de s’endetter à hauteur de 16 milliards d’euros pour financer cet investissement purement financier. Ce que les salariés attendent, eux qui n’ont pas été invités aux négociations entre Sanofi et Aventis, ce sont les priorités industrielles que se fixera le nouveau groupe.
L’expérience d’Aventis, groupe né de la fusion entre Rhône Poulenc et Hoechst, n’est pas faite pour les rassurer. Sa création s’était accompagnée de la promesse de constituer un grand groupe pharmaceutique européen. Depuis, Aventis s’est surtout fait remarquer pour avoir abandonné toute politique de recherche, notamment au niveau des anti-infectieux, et pour avoir délaissé l’Europe au profit du seul marché américain.
Dans cette perspective, on comprend bien les inquiétudes des salariés de ces groupes devant cette fuite en avant financière.

Aujourd’hui, ces salariés craignent évidemment les conséquences de cette fusion en terme d’emplois. A l’annonce de cette OPA, le chiffre de 6000 suppressions d’emplois était avancé. Peut-on croire que cette concentration se ferait maintenant sans fermetures d’usines ni licenciements ?
Le risque est en effet grand de voir, à l’issue de cette fusion, des milliers d’emplois disparaître suite à l’externalisation prévisible de nombreux sites du nouveau groupe.
Pire, l’abandon progressif de tout effort financier en matière de recherche menace, à moyen terme, des sites de production comme celui de Vertolaye. Jugez-vous ainsi concevable que le troisième groupe pharmaceutique mondial puisse poursuivre l’abandon progressif, à l’œuvre aujourd’hui à Aventis, de toute politique thérapeutique en matière d’anti-infectieux, alors qu’il dispose d’un savoir-faire unanimement reconnu, tant en recherche qu’en production ? Ainsi, alors que les ouvriers de Vertolaye produisent aujourd’hui, notamment, des anti-infectieux comme le Rulid, que produiront-ils à l’avenir si toute recherche thérapeutique en ce domaine devait être abandonnée ?

Aussi, étant donné l’engagement résolu du gouvernement en faveur de cette fusion, pouvez-vous, Monsieur le ministre, donner aux salariés d’Aventis, et notamment à ceux de l’usine de Vertolaye, les précisions qu’ils attendent quant à l’avenir de leur entreprise ? Quelles garanties seront effectivement données aux salariés de ces groupes en terme d’emploi et de maintien de tous les sites industriels de ces groupes ? Pouvez-vous leur garantir qu’une véritable stratégie industrielle, reposant notamment sur une recherche dynamique, constitue la priorité stratégique de ce groupe ? Dans quelle mesure pouvez-vous préciser que la santé ne sera pas sacrifiée sur l’autel des dividendes et des profits boursiers ?



Réponse du Ministre :

M. Christian Jacob, ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation - Je vous prie de bien vouloir excuser Patrick Devedjian, auditionné en ce moment même par un groupe au sujet du projet d’orientation sur l’énergie.

La préoccupation de l’emploi est au cœur de notre politique, y compris dans notre approche du rapprochement programmé de Sanofi et d’Aventis. Si la fusion de ces deux entreprises françaises n’avait pas eu lieu, le ministre délégué à l’industrie est convaincu qu’il y aurait eu une autre fusion, entre Aventis et un groupe extracommunautaire, laquelle ne nous aurait pas été profitable. A moyen terme, Sanofi, qui serait resté vulnérable en raison de sa taille moyenne, aurait sans doute connu un sort semblable.

C’est parce que nous sommes convaincus que la création de Sanofi-Aventis permettra de conserver de ce côté-ci de l’Atlantique l’emploi, les centres de recherche et les centres de décision que nous saluons la constitution de ce futur champion européen. Nous pensons que c’est sans aucun doute la meilleure option pour l’emploi en France qui a prévalu. Nous serions curieux de savoir quelle solution alternative aurait eu vos faveur, Monsieur le député.

Vous évoquez les promesses, non tenues, selon vous, de la fusion de Rhône-Poulenc et d’Hoechst. J’évoquerai plutôt les promesses tenues de la fusion Sanofi-Synthelabo. C’est parce que ce rapprochement s’est révélé très rapidement créateur d’activité et d’emplois sur le territoire français que le Gouvernement fait entière confiance à Jean-François Dehecq, le futur PDG du nouvel ensemble, pour en faire de même à la tête de Sanofi-Aventis. Défions-nous des procès d’intention.

Nous comprenons, bien sûr, votre souci de préserver l’emploi dans votre circonscription. Mais il est bien trop tôt pour que l’avenir de telle ou telle implantation puisse être décidé. L’opération boursière n’est pas terminée et les discussions en cours n’atteignent pas encore ce niveau de précision. Les échanges d’information sont du reste, pour l’instant, étroitement réglementés. Les synergies annoncées par le groupe relèvent davantage de calculs globaux que d’une analyse détaillée, qui prendra plusieurs mois. Nous souscrivons sans réserve à votre souci que soit définie une véritable stratégie industrielle, reposant notamment sur une recherche dynamique. C’est du reste pour l’ensemble de l’industrie pharmaceutique en France qu’il nous faut construire une telle politique industrielle et le Gouvernement s’y emploie. Le rapprochement que vous évoquez va dans ce sens.

M. André Chassaigne - Ce n’est pas le lieu de développer nos propositions - car nous en avons ! -, mais vous semblez considérer que les fusions seraient inévitables en même temps que nécessaires à la survie de nos entreprises ; or j’observe qu’Aventis est né, déjà, d’une fusion, celle de Hoechst et de Rhône-Poulenc, qui a maintenant des effets que l’on aurait sans doute évités si les deux groupes étaient restés en l’état. D’autre part, l’Allemagne a demandé et obtenu dans cette affaire des garanties contre tout licenciement sec : le gouvernement français n’aurait-il pu suivre cet exemple afin de préserver l’emploi et l’outil de recherche qu’est l’usine de Romainville ? Mais il a préféré se déclarer favorable à la fusion et, à ce titre, il portera une très lourde responsabilité dans ce qui peut advenir.

P.-S.

Question Orale Sans Débat n° 734 publiée au J.O. le : 18/05/2004
Réponse publiée au JO le : 19/05/2004

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