24-02-2004

Arrestation de Cesare Battisti


Monsieur le Ministre,

L’écrivain Cesare Battisti a été arrêté mardi 10 février à Paris, et placé en détention en vue de son extradition vers l’Italie. Cette arrestation fait suite à une nouvelle demande d’extradition des autorités judiciaires italiennes.

En 1985, l’ancien Président de la République avait pris l’engagement de ne pas extrader les anciens militants italiens des années 1970 qui s’étaient depuis des années reconstruit une vie en France, à condition qu’ils s’engagent à « sortir de la spirale de la violence ».

Comme vous le savez, l’Etat italien reproche à Monsieur Battisti d’avoir milité, durant les années 70, dans des groupes politiques d’extrême gauche. Monsieur Battisti n’a pourtant pas de sang sur les mains : il n’a participé à aucun attentat durant ces trop fameuses « années de plomb ». Il risque cependant de tomber sous le coup des lois d’exception, prétendument antiterroristes, mais surtout liberticides, votées en Italie à l’époque

Interpellé et placé en détention à son arrivé en France en 1990, à la demande de l’Italie, la justice française avait alors refusé de l’extrader et l’avait remis en liberté. En mai 1991, la chambre d’accusation de la cour d ‘appel de Paris avait donné un avis défavorable à la requête italienne.

Après l’extradition le 25 août 2002 de Paolo Persichetti, ancien membre de l’Union des communistes combattants devenu enseignant à l’université Paris-VIII, c’est une nouvelle entorse aux engagements pris par François Mitterrand.

Cesare Battisti a été accueilli dans le Puy-de-Dôme, à Billom, pendant six mois l’été dernier, en « résidence d’écriture ». Hébergé à l’école, il a consacré l’essentiel de son temps à l’écriture de son dernier roman, le douzième, « la dureté de la transparence ». Lors de son séjour, il a participé activement à la vie culturelle de la commune, en animant notamment des rencontres avec des lecteurs. L’annonce de son arrestation a soulevé une vague de protestations parmi les personnes qui l’avaient accueilli et avaient apprécié son humanisme.

Monsieur le Ministre, vous aviez confirmé certes l’abandon de la « doctrine Mitterrand », mais vous aviez promis un examen « au cas par cas » des demandes d’extradition italiennes. Aussi, je vous remercie par avance des précisions que vous voudrez bien m’apporter sur le cas de Monsieur Cesare Battisti.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de ma plus haute considération.

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